Dans ses livres, ce grand auteur suisse (disparu en 2009) mêle à des thématiques très sombres, de l’érotisme parfois, une spiritualité quasi ésotérique souvent (le dernier en date porte sur le marquis de Sade). J’avais apprécié Le vampire de Ropraz, j’ai donc voulu lire Un Juif pour l’exemple qui use du même procédé : un fait divers historique, la Suisse et surtout la terrible inhumanité des hommes.

Les meurtriers sont assez rapidement découverts et jugés en 1943 : ils ne montrent, évidemment, aucun regret et revendiquent fièrement leur monstrueux assassinat. Ils se vantent même d’avoir établi une liste de leurs prochaines victimes.
Dans plusieurs entretiens, Jacques Chessex raconte à ce propos que son père, président du Cercle démocratique (farouchement antinazi), était deuxième sur cette liste. Profondément marqué par cette histoire, il ressentait le besoin de s’en faire l’écho. Et c’est ce qu’il fait dans ce récit, en décrivant les événements et le mental des protagonistes, et en questionnant la notion même de « mal ».
Dans la restitution de toute cette horreur, la justesse du ton des propos extrémistes peut mettre le lecteur mal à l’aise. On est tenté de reprocher à l’auteur de leur donner une tribune, mais ce n’est évidemment pas le cas : dans les derniers paragraphes, Chessex explique clairement sa posture. Parallèlement à la narration, il s’interroge sur la question de l'horreur et convoque pour cela Jankélévitch (là, j’ai un peu décroché, il faut l’avouer), expliquant la difficulté à parler de ces monstruosités « authentiques ».
Bref, un texte court, extrêmement littéraire (style brillantissime mais difficile) et terriblement puissant.
Un Juif pour l’exemple, Jacques Chessex (Grasset, 112 pages, 2009)