
Pour mémoire, prix Femina étranger en 1995, ce quatrième roman est celui qui a réellement fait connaître Jonathan Coe.
C’est l’histoire d’une « illustre » famille anglaise, les Winshaw, reconstituée selon différents points de vue et par différents procédés : coupures de presse, journal intime et surtout écrits de Michael Owen, romancier méconnu engagé pour ce faire par la vieille Tabitha Winshaw.
Tabitha, considérée comme folle car persuadée depuis quarante ans que son frère Lawrence a commandité la mort de son frère adoré Godfrey, est enfermée à l’asile depuis tout ce temps. Elle attend que cette chronique mette enfin au jour les faits et lève le voile sur sa terrible famille.
Pourquoi terrible ? Car les Winshaw sont tous – ou presque – d’odieux personnages : aristocrates méprisants, cupides, opportunistes, menteurs, égoïstes… Et ils occupent les postes-clés des pouvoirs économique, politique, médiatique, artistique, et même agro-alimentaire ! On suit ainsi le destinée de cette dynastie de puissants des années quarante à la fin des années quatre-vingts, et celle de l'Angleterre qu'ils contribuent à façonner.
En creux, c’est aussi l’histoire de Michael Owen qui se dessine : modeste romancier un temps prometteur, dépressif, ce jeune homme sans âge vit reclus dans son appartement londonien, et visionne en boucle un vieux film des années cinquante. Certains événements l’amènent à reprendre l’écriture de cette biographie familiale (qui lui fournit une rente substantielle depuis des années) : et les rebondissements vont se multiplier, tout comme les coïncidences et révélations en tout genre… Quoique fort improbables, ces péripéties fonctionnent sans problème avec le style de cette satire pleine d’ironie.
Plus qu’une enquête, c’est une peinture acerbe de l’establishment, une formidable démonstration de l’humour britannique, un livre éminemment politique par ce qu’il donne à voir de la société – la corruption, l’hypocrisie, les tractations sordides…
La construction apporte beaucoup à ce récit : les perspectives successives(celles des Winshaw mais aussi du mari de l'une, d'un concurrent, d'un partenaire professionnel, etc.) et les différents genres utilisés enrichissent énormément le "travail" et le plaisir du lecteur qui doit assembler ce puzzle pour parvenir à une image d'ensemble.
C’était donc un véritable bonheur de relire ce formidable roman !
Testament à l’anglaise, Jonathan Coe (Gallimard, 504 pages, 1995 / Folio, 688 pages, 1997)
Traduit de l’anglais par Jean Pavans
D'autres livres de Jonathan Coe sur ce blog : La maison du sommeil, Bienvenue au club & Le cercle fermé